Progresser dans son travail s’est presque toujours traduit par un seul geste : monter d’un échelon. Rarement par devenir simplement meilleur, au même endroit.
D’où vient l’idée que la progression doit être verticale, une promotion, plutôt qu’horizontale, une compétence ?
LA VOIE PAR DÉFAUT · LVD05
Cette équivalence vient de la forme que les organisations ont prise depuis l’ère industrielle : la pyramide.
LECTURE
Une structure où chaque niveau supervise le niveau inférieur, où l’autorité se mesure en nombre de personnes sous sa responsabilité, et où le seul vocabulaire disponible pour dire « j’avance » consistait à dire « je monte ».
Dans cette architecture, il n’existait pas vraiment de mot pour décrire quelqu’un qui restait au même poste, dix ans, en devenant chaque année plus précis, plus fin dans son métier. Cette personne n’avait, littéralement, nulle part où apparaître sur l’organigramme.
La compétence n’avait pas de case. Seul le titre en avait une.
Avant
Le salaire augmentait avec l’échelon hiérarchique, rarement avec la profondeur d’expertise atteinte au même poste. Une promotion produisait un mot nouveau sur une carte de visite — « responsable », « directeur ». Une compétence approfondie ne produisait aucun mot équivalent, visible et immédiat. Le système a même longtemps supposé qu’être très bon dans un métier rendait automatiquement légitime pour diriger ceux qui l’exercent — poussant d’excellents praticiens vers des postes de gestion qu’ils n’avaient jamais demandés.
Maintenant
Les organisations les plus efficaces s’aplatissent — moins de niveaux hiérarchiques, plus de rôles d’expertise directement reliés au résultat. La valeur créée par un spécialiste qui approfondit son métier dépasse souvent celle d’un même profil promu à un poste de management qu’il maîtrise mal. L’économie de la création de valeur individuelle rend la verticalité de moins en moins nécessaire pour qu’un progrès soit reconnu.
Le déplacement de regard
La pyramide reste la forme par défaut dans beaucoup d’esprits, alors que les structures qui créent le plus de valeur aujourd’hui lui ressemblent de moins en moins.
Dans votre activité actuelle, quelle compétence avez-vous approfondie ces deux dernières années sans que cela se traduise par un changement de titre ?
La dernière promotion que vous avez vue de près — a-t-elle rapproché cette personne de ce qu’elle faisait le mieux, ou l’en a-t-elle éloignée ?
Si la seule façon de mesurer votre progression était la profondeur de ce que vous savez faire, où en seriez-vous réellement aujourd’hui ?
Cette lecture appartient au guide La voie par défaut.
LVD05 ouvre une question précise. Le guide examine plus largement les règles scolaires, professionnelles et sociales qui ont défini ce qu’était une trajectoire sérieuse : école, diplôme, emploi, carrière, salaire, statut, retraite.
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